Au Musée Rodin - Cécile Sala

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Au Musée Rodin

Articles presse
Au musée, toucher, c'est permis


Poser une main sur le crâne en bronze du Penseur de Rodin, sans doute l'œuvre la plus célèbre du sculpteur français.
Descendre le long de la colonne vertébrale, suivre la chute de reins, effleurer la cuisse, palper le genou.

Au musée, ces gestes sont habituellement défendus sous peine de provoquer l'ire du gardien et la réprobation (en même temps que l'envie) générale.

L'association Cécile Sala a 20 ans, et pour marquer le coup, c'est un très beau cadeau qu'elle offre à ses bénéficiaires, tous aveugles ou malvoyants :
      • une visite tactile au musée Rodin.

Initiation au procédé tactile

Ils sont quatre ce jour-là tenter l’expérience : Georges. Micheline, Alain et
Emilie. Cette dernière résume ainsi les habituelles visites au musée :
      • « Ça devient vite ennuyeux, je décroche vite et à la fin. je n’ai rien retenu ».

Pour l’occasion, ils sont guidés par Alexandre François, conférencier, sculpteur et initiateur des visites tactiles au musée Rodin qui fête ce jour-là le 21ème anniversaire de son entrée au musée.

Dans un premier temps, il laisse ses visiteurs effleurer en solo une première œuvre, un buste de Jean-Baptiste Rodin, père de l'artiste.

Excepté pour Alain, c'est pour chacun une première fois. Le geste est timide, mal assuré, les doigts sont raides :
      • « Je n'ai jamais fait ça, je n'ai pas de repères », commente Emilie.

Pour apprécier une sculpture, il existe un « procédé tactile », que va leur apprendre leur guide :
      • « On commence  par toucher le sommet du crâne, puis on garde la main pincée sur le nez, pour avoir un point de repère. A partir de là, avec votre main libre, touchez la ligne des yeux, la bouche. Ainsi, on sent les proportions ».

Forts de ces indications, les quatre visiteurs aveugles s'enhardissent. Le tâtonnement devient franches caresses, les mains embrassent, les doigts explorent, s'attardent. Alors, les sensations s'affinent et s'affirment.

Alain, face au buste en bronze de Rose Beuret :
      • « La mâchoire est marquée, elle n'était  pas rondelette. Il y a quelque chose avec ses yeux, une coquetterie ou un je ne sais quoi. »

Deux heures et trois œuvres plus tard, la visite prend fin devant l'un des exemplaires du Penseur  :
      • « C'est une sensation nouvelle », raconte  Georges, « on perçoit des détails qu'on ne pouvait pas imaginer, c'est merveilleux de sentir les détails du visage, de la musculature... »
      • « C'est très agréable de pouvoir toucher ces formes », ajoute Micheline,« cela m'a aidé à comprendre les œuvres. »

Suresnes Magazine  n°214
novembre 2010
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